mercredi 31 octobre 2007

Chez les grands singes

Gardez-vous d’afficher votre justice devant les hommes, pour vous faire remarquer d’eux. Mt 6-1

A première vue, le Christ fait ici dans la facilité : la vanité et l’ostentation sont des travers aisément identifiables, en particulier dans la vie professionnelle ! C’est facile de les dénoncer, implicitement ou explicitement. Et pourtant une fois encore, au-delà des apparences, c’est à une conversion plus profonde que cette parole nous invite !

Chez les grands singes comme dans les entreprises
C’est un fait qui dépasse largement le cadre de la vie professionnelle : le besoin est grand au fond de l’être humain d’être identifié, d’être « remarqué », d’être reconnu pour soi. Manifestation du besoin d’amour qui nous habite, cette soif de reconnaissance peut facilement nous entraîner vers l’ostentation et la vanité, lorsque notre besoin d’amour devient égocentrique.

Dans le monde de l’entreprise, l’ostentation se développe sous de multiples formes : taille et emplacement du bureau, choix du modèle de téléphone, de l’ordinateur, de la voiture de fonction etc etc

A tel point que l’entreprise rappelle parfois ces groupes de primates étudiés par les experts du comportement animal, et dans lesquels on observe que les mâles et les femelles dominants asseoient leur place par le bruit et par les signes extérieurs de pouvoir. Et il faut reconnaître que bien souvent, cela marche : chez les grands singes comme chez Alcatel ou chez France Télécom, les signes extérieurs peuvent renforcer pour un temps la position de celle ou de celui qui en bénéficie et qui en joue !

Mesurés à l’aune de la position professionnelle
Difficile d’esquiver complètement cette dérive, au point que parfois dans les entreprises, certains privilèges sont accordés moins pour des raisons d’efficacité que pour satisfaire ce besoin d’ostentation. Ainsi le choix du titre sur la carte de visite. Fondamentalement, ce titre est un outil d’efficacité : par sa clarté, il doit permettre par exemple à des partenaires qui font connaissance d’évaluer rapidement la mission de chacun, son domaine d’intérêt, et son niveau de responsabilité - autrement dit jusqu’à quel point il peut engager la responsabilité de l’entreprise pour laquelle il travaille. Mais comme chacun sait, le titre sur la carte de visite peut être aussi bien plus que cela : un moyen de positionnement puissant. Inestimable dans des cultures comme la nôtre où la valeur de l’homme et de la femme se mesure en partie à l’aune de leur position professionnelle.

Le réflexe d’ostentation et de vanité est donc bien présent au plus profond de notre comportement et de nos entreprises, biaisant les comportements, parfois au détriment de l’efficacité. Et il est certes tentant de rêver d’une entreprise, d’une société, d’un monde idéal où tous ne seraient que modestie et simplicité.

Une forme plus subtile d’ostentation
Mais je ne crois pas que cette phrase nous renvoie simplement à cette facile dénonciation. « Gardez-vous d’afficher votre justice (…) ». Si on la relit attentivement, il me semble que le Christ s’adresse à nous pour nous mettre en garde contre une forme plus subtile d’ostentation: celle qui consiste à utiliser nos mérites pour assouvir notre soif de reconnaissance, de positionnement.

Chercher à attirer sur soi l’attention des autres par la démonstration des ses vertus est une tentation forte. C’est le complexe du bon élève qui veut monopoliser l’attention du professeur par ses bonnes réponses. Dans le monde de l’entreprise, ce peut être l’affichage outrancier des bons résultats d’une division ou d’un commercial, au-delà de ce que requiert la reconnaissance du succès et la démonstration par l’exemple; ou encore la tentation pour des fonctions transversales, comme la direction financière ou la DRH, de se poser en donneurs de leçons.

Pourtant, « afficher sa justice » est un exercice vain : en créant de la distance, et en introduisant des rapports de force subjectifs, il est générateur de tensions stériles : défiances, jalousies, ressentiments ; il nuit ainsi à l’efficacité de l’entreprise. Le plus souvent, il décrédibilise aussi celui (ceux) dont il émane(nt) : ainsi le chef de service qui se flatte devant son équipe de ses succès passés et présents – réels ou imaginaires.

La vertu ostentatoire, la réussite, l’autorité et le pouvoir qui se montrent gratuitement sont une tentation forte et quotidienne dans l’entreprise; mais ils portent en eux les ferments de la discorde.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Christophe,

Je suis surpris et intéressé par ce "blog". Je travaille le sujet, à ma façon, avant de te répondre.

Christophe a dit…

Merci pour ton message. Je serais très heureux d'avoir ton point de vue sur ces questions et d'ouvrir un plus large débat. Cordialement,