dimanche 6 janvier 2008

Le risque de l'impatience... et de l'excès de patience

Maître, laisse-le cette année encore, le temps que je creuse tout autour et que j’y mette du fumier. Peut-être donnera-t-il des fruits à l’avenir. Sinon tu le couperas. Lc 13-8

« Il n’est de talents que d’hommes » ! Certes, mais comme il est difficile d’identifier ces talents, de les comprendre, de les aider à grandir avec disponibilité, exigence et patience… et plus encore d’assumer les erreurs de casting et d’en tirer les conséquences avant que le temps ne développe les frustrations, les aigreurs et n’aboutisse à des impasses, au détriment de tous.

Le risque de l’impatience
Le recrutement est un processus souvent très formel mais dans lequel en réalité la part d’irrationnel reste déterminante, voire prépondérante. Généralement, il prend beaucoup plus de temps que prévu initialement et que souhaité : on hésite, on tergiverse avant de prendre le risque d’un recrutement, mais lorsque la décision est prise, on voudrait que le candidat idéal soit déjà là.

Lorsque, enfin, avec ou sans l’aide d’un conseil extérieur, l’entreprise a choisi celle ou celui qui lui semble être le meilleur candidat, que les négociations ont abouti, que le contrat de travail est signé, alors le temps paraît encore plus long : c’est le moment où l’heureux(se) élu(e) quitte son poste précédent et effectue son préavis.

Du coup, lorsque le jour de son intégration est enfin arrivé, l’impatience est à son comble : cela fait plusieurs semaines, voire plusieurs mois que la décision de recrutement a été prise. L’urgence professionnelle de ce recrutement est exacerbée. La tentation est alors grande de sauter les étapes et de jeter le nouveau venu à l’eau en espérant qu’il apprenne vite à nager, et qu’il relève en même temps tous les challenges pour lesquels il a été choisi !

Pour que le recrutement et l’intégration se passent pour le mieux, la patience est nécessaire ! Bien sûr patience proactive du management bien sûr, qui doit accepter de mettre des objectifs raisonnables, d’assister le nouveau collaborateur – « que je creuse tout autour et que j’y mette du fumier » ! -, et qui doit être prêt à attendre plus longtemps que prévu pour recueillir les premiers fruits.

Et patience aussi des collègues et collaborateurs du nouvel embauché ! Après une première période d’observation plus ou moins bienveillante, il est souvent tentant de stigmatiser un nouveau venu ou une nouvelle venue lorsque les résultats tardent à venir ; ses difficultés sont autant d’opportunités de mettre en valeur le succès de ceux qui sont plus anciens dans l’entreprise et dans l’équipe ! « Maître, laisse-le cette année encore » : leur patience doit consister bien sûr à aider activement l’autre à s’intégrer et à réussir ; elle doit aussi aller jusqu’à susciter la patience le management et l’aider à orienter son action en signalant les points sur lesquels une assistance particulière peut être utile.

Le risque de l’excès de patience
Et parfois la greffe ne prend pas : des résultats qui décidemment ne viennent pas ; une difficulté à s’intégrer dans l’équipe et dans la culture de l’entreprise… Il y a inadéquation entre les capacités du nouvel embauché et les besoins de la mission qui lui a été confiée.

A l’excès d’impatience peut succéder alors l’excès de patience : il est tellement plus facile pour ceux qui ont choisi un collaborateur de regarder ailleurs, de laisser tomber le collaborateur décevant, de le laisser s’isoler dans une impasse de l’organisation, dans un placard, plutôt que de reconnaître l’erreur de recrutement et l’échec d’intégration. Si rien ne laisse espérer que, sauf miracle, la situation puisse se résoudre d’elle-même, un excès de patience est nuisible pour le collaborateur, qui se trouve enfermé dans une logique d’échec, et pour l’entreprise.

« Sinon tu le couperas » : agir avec humanité, c’est aussi savoir reconnaître à temps qu’un collaborateur n’est pas (n’est plus) à sa place, et avoir le courage d’en tirer avec lui les conséquences. Certes avec respect, dans le souci de l’intérêt de la personne et de son avenir. Mais cependant avec transparence sur les raisons de l’échec, et avec rapidité sur les décisions à prendre, aussi difficiles soient elles, dans l’hypothèse où elles peuvent aboutir à un licenciement ou une démission.