dimanche 25 novembre 2007

"Ne vous inquiétez pas"

Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous serez vêtus. Mt 6-25

Notre vie professionnelle est pleine de l’incertitude du lendemain : « vais-je atteindre mes objectifs », « vais-je réussir à signer ce contrat important pour l’avenir de mon entreprise », « quelle sera ma place après la réorganisation que l’on nous promet », « suis-je concerné par les licenciements annoncés », « vais-je parvenir à trouver ce nouvel emploi dont ma famille a tant besoin », « que va me dire mon manager lors de mon entretien d’évaluation de performance », « vais-je enfin obtenir cette augmentation pour faire face à ces charges qui m’écrasent »…

Métro/boulot/dodo
N’en déplaise à la conviction communément partagée que les progrès techniques donnent à l’humanité une maîtrise croissante de ce qui l’entoure - et par là de son avenir - il me semble plutôt que, malgré le formidable développement de l’agriculture, de l’industrie, et malgré l’apparition de modèles d’organisation sociaux et économiques sophistiqués, ces 15.000 dernières années n’ont pas permis de changer fondamentalement l’équation : comme nos ancêtres qui dès cette époque peuplaient la quasi-totalité du monde, nous nous battons chaque jour pour notre subsistance.

Certes, l’espérance de vie s’allonge et la malnutrition recule. Et pourtant quelle leçon d’humilité : aucun progrès technique ne semble pouvoir nous délivrer ; et notre expérience du quotidien reste fondamentalement celle d’une interminable quête des moyens de notre subsistance. Le « métro/boulot/dodo » est l’expression de cette dépendance et de cette nécessité de trouver chaque jour de quoi satisfaire les besoins fondamentaux.

Contre-productive quête de la sécurité
Au plus profond de nous, quelque chose recherche constamment la sécurité : nous aimerions tellement ne jamais avoir à nous préoccuper du lendemain. On retrouve légitimement cette quête de la sécurité au cœur des revendications sociales et des législations relatives au travail. Mais on en voit bien les limites et la fragilité lorsque l’économie devient difficile, où lorsque l’ouverture des frontières met en concurrence les économies.

Et au bout du compte, si elle est compréhensible, la recherche de la sécurité est contre-productive. On la retrouve ainsi dans la difficulté que nous rencontrons souvent dans nos entreprises pour changer les habitudes et faire évoluer les organisations : le changement est perçu comme une menace parce qu’il est facteur d’incertitude.

Choisir la confiance
« Ne vous inquiétez pas » : au-delà des aléas de l’économie, je crois que le Christ nous redit que le secret de notre bonheur se situe dans une attitude de confiance.

Confiance en nous. Confiance en les autres. Confiance en ce que l’avenir nous réserve. Confiance en notre aptitude à trouver des solutions, individuellement et collectivement, aux situations qui évoluent, que ces évolutions nous soient endogènes – ambitions, lassitudes, besoin de progresser, soif de découvrir de nouveaux horizons – ou exogènes – changements dans notre environnement, heureux ou malheureux.

Bien sûr, il nous faut chaque jour gagner notre quotidien. Bien sûr nous sommes exposés : injustice, souffrance, maladies, mort (…) les raisons de s’inquiéter et de se décourager sont multiples. Et pourtant à l’échelle de notre quotidien, nous pouvons tous facilement faire l’expérience de l’impact qu’une attitude confiante et positive peut avoir : ne plus voir les problèmes mais les opportunités et les solutions ; ainsi, c’est lorsqu’il a confiance que le champion de tennis ne retient plus ses coups et gagne, et c’est lorsqu’il doute qu’il met la balle dans le filet.

A l’échelle de notre vie professionnelle, c’est en ayant confiance dans l’avenir, - et pour les croyants, en la force que nous donne l’Esprit - que nous pouvons nous oublier et aller vers les autres, et ce faisant, vivre mieux et plus efficacement notre métier.

jeudi 15 novembre 2007

"Ami, en quoi t'ai-je lésé ?"

Les ouvriers de la onzième heure s’avancent : chacun reçoit un denier. Les ouvriers de la première heure s’avancent à leur tour, sûrs de recevoir davantage : chacun reçoit lui aussi un denier. Ils protestent, se plaignent au maître de la maison : « Regarde, ceux-là n’ont travaillé qu’une heure et tu les traites comme nous qui sommes fourbus après toute une journée de travail, et par cette chaleur ! »

A l’un deux, le maître rétorque : « Ami, en quoi t’ai-je lésé ? Nous étions bien d’accord pour un denier, non ? Prends ton dû et rentre chez toi. Au dernier arrivé, je veux donner autant qu’à toi. N’ai-je pas le droit de faire ce que je veux avec ce qui m’appartient ? Ou est-ce ton cœur qui tourne en mal ma bonté ? » Mt 20-8,15


La jalousie est un poison.

En biaisant les analyses et les comportements elle nuit à l’efficacité de l’entreprise, laquelle repose d’abord sur une appréhension claire des situations, tant internes qu’externes. Lovée bien au chaud au cœur des calculs politiques et des manœuvres, elle fausse les relations entre les membres d’une équipe, d’un département, voire entre équipes. Elle suscite parfois même des comportement dangereux : coups bas, petites phrases en apparence anodines et en réalité assassines.

Quand le succès des autres devient source de frustration
Et puis elle nous ronge lorsque nous l’éprouvons. Elle nous fait souffrir, elle nous éloigne des autres, elle nous prive du bonheur de partager leurs joies. Elle fausse nos relations avec ceux que nous envions. Elle entretient les tensions, l’inconfort, là où devrait régner la confiance et la franchise.

Il y a bien sûr la jalousie d’une personne à l’égard d’une autre : sentiment d’injustice à la suite de l’attribution d’une promotion, d’une mission, d’une récompense, d’un salaire – à l’image des récriminations des ouvriers de la première heure de la parabole ; jalousie de la réussite d’autrui, quand bien même cette réussite sert l’ensemble de l’entreprise et de ceux qui la composent et y travaillent ; jalousie de l’attention dont un autre semble bénéficier.

Il y a aussi la jalousie entre équipes, quand le succès d’une équipe n’est plus source d’émulation pour les autres, mais source de frustration.

Chacun d’entre nous renvoyé à ses responsabilités
La jalousie est une pente facile. Dans le monde de l’entreprise où la compétition et la concurrence sont des moteurs utilisés en permanence, elle est facile à déclencher et à alimenter, et je crois que le management, par son comportement, joue un rôle important. Parfois bien malgré lui ! Ainsi cette société que j’ai bien connue et dans laquelle les stock-options étaient distribuées exclusivement à une petite minorité de dirigeants, sans que jamais personne s’en plaigne ; mû par des intentions louables, le management décida de changer ces pratiques… et déclencha une multitude de frustrations et de jalousies en distribuant une nouvelle tranche de stock-options à tous les employés ! La répartition avait été réalisée sur la base de critères de responsabilité, d’ancienneté, de mérite. Plutôt que de se réjouir de recevoir cette opportunité supplémentaire de bénéficier des fruits de leur travail, beaucoup se préoccupèrent surtout de comparer ce qu’ils avaient reçu et en conçurent plus de frustration que de satisfaction.

Et surtout ce texte renvoie chacun d’entre nous à ses responsabilités : Ami, en quoi t’ai-je lésé ? Nous étions bien d’accord pour un denier, non ? Prends ton dû et rentre chez toi. Combattre la jalousie qui veille tapie au fond de mon cœur, c’est d’abord faire l’effort d’être honnête vis-à-vis de moi-même : au fond, qu’est-ce que j’attends de mon travail ? Et suis-je récompensé en fonction de ce que j’attends et de ce que je donne ? Et non pas d’évaluer ma satisfaction à l’aune de ce que j’ai et que les autres n’ont pas, ou de ce que les autres ont et que je n’ai pas.