Au cours des années 1980,
400.000 personnes sont mortes chaque année dans des conflits armés – guerres
interétatiques, guerres civiles, actes de terrorisme. Dans les années 1990, après
la fin de la guerre froide, la moyenne est descendue à 250.000. Actuellement elle
se situe entre 100 et 150.000 – en-deçà
du nombre des victimes de la route – plus d’un million par an -, des suicides –
environ 600.000 – et des homicides – 300.000.
A l’échelle régionale, la
situation est contrastée. Si l’Europe occidentale connait sa septième décennie
de paix - du jamais vu depuis 2000 ans – et si l’Asie du Sud-Est, longtemps théâtre
de conflits très violents, est globalement en paix, les conflits se concentrent
aujourd’hui sur l’Asie centrale (Pakistan, Afghanistan, Inde, Sri Lanka), le
Proche Orient, l’Afrique du Nord et surtout l’Afrique Sub-saharienne qui à elle
seule compte par exemple 90% des 5.000 victimes annuelles d’attaques sur les
civils.
Alors pourquoi ce
sentiment que le monde sombre dans la violence ? Le développement des chaînes
d’information en continu à partir des années 1990 y est certainement pour
quelque chose. La priorité donnée aux évènements violents et la diffusion en
boucle des images les plus spectaculaires focalisent l’attention de l’opinion.
Et bien souvent internet, ses sites d’information, ses blogs, ses forums et ses
réseaux sociaux amplifient l’audience et la portée de ces évènements tragiques,
sans proportion avec leur impact global.
La guerre n’est plus l’instrument
normal de la politique
Plus subtilement, il faut
sans doute aussi percevoir dans cette inquiétude de la société une évolution culturelle
profonde. Dans un passé récent la guerre était acceptée comme un instrument
normal, voire sacré de la politique internationale ; ainsi Joseph de
Maistre affirmait en 1821 :
« La guerre est donc divine en
elle-même car c’est une loi du
monde. ». Aujourd’hui, même si le choix de la guerre conserve un
soutien populaire dans les pays qui vivent sous une menace, elle est perçue
comme un mal en soi « mené par exception au principe de non-emploi de la
force dans les relations entre États », prioritairement en cas de légitime
défense et pour restaurer la paix.
Le pape s’en est fait l’écho le 1er septembre dernier : « Je voudrais me faire aujourd’hui
l’interprète du cri qui monte de toutes les parties de la terre, de tous les
peuples, du cœur de chacun, de l’unique grande famille qu’est l’humanité, avec
une angoisse croissante (…): plus jamais la guerre ! Plus jamais la guerre
! »
Pour autant la tendance
actuelle est-elle irréversible ? La fin tragique de la paix romaine nous
apprend s’il est besoin qu’il serait naïf de le croire. De même qu’il serait naïf
de croire que le risque de guerre ne vient que de l’extérieur : ces dernières
années des guerres ont été légitimées au titre de principes supérieurs - le
droit, la démocratie, l’humanitaire -, avec en corollaire le risque de faire
renaître l’esprit de croisade.
Pour la revue Vieilles Rues Jeune Cité de décembre 2013
* Plusieurs organismes universitaires
indépendants travaillent sur les statistiques relatives aux conflits dans le
monde, en particulier :
.
Peace Research Institute Oslo: http://www.prio.no
.
Uppsala Conflict Data Program:
http://www.pcr.uu.se/research/UCDP/
.
Human Security Report Project: http://hsrgroup.org
