vendredi 25 janvier 2013

Tolérance


Parce qu’elle nous invite à accueillir ce que nous n’acceptons pas spontanément, parfois même à l’encontre de nos convictions, la tolérance est une vertu largement décriée en ce siècle qui cherche d’abord des certitudes et des absolus et redoute tout ce qui pourrait passer pour de la faiblesse. Et pourtant elle nous ouvre un chemin vers Dieu.

Au cœur de la pratique religieuse juive il y a le commandement fait à chaque fidèle d’étudier et d’interpréter inlassablement la Parole, la Torah – les cinq premiers livres de l’Ancien Testament - pour approcher toujours davantage Celui qui reste insaisissable à notre entendement. Et parce que Dieu se révèle un peu à chacun, c’est l’incessante confrontation des expériences et des interprétations qui permet à tous ceux qui se prêtent à la controverse et au dialogue de percevoir davantage du mystère de Dieu. Il en résulte un état d’esprit remarquable : même chez les plus traditionalistes, celui qui pratique la Loi reste libre de penser Dieu de façon différente et de l’exprimer, car un peu de Dieu se laisse approcher dans l’originalité de chaque pensée.

L’œil ne peut pas dire à la main : « Je n’ai pas besoin de toi ! »

L’épitre de Paul (1 Cor 12, 12-30) nous dit lui aussi cette vision magnifique de l’individu, de la communauté et de l’esprit de tolérance qui doit les animer : ce que la main connaît par le toucher, l’œil n’en n’a pas la complète connaissance; et ce que l’œil voit est largement inaccessible au nez. De même, chaque membre de notre communauté qui cherche Dieu avec sincérité sait quelque chose de Lui que les autres ne connaissent pas. Et le seul moyen de connaître Dieu moins ‘incomplètement’ est d’accepter d’être bousculé par ce que les autres ont à dire.

Alors Seigneur aide-moi à me réjouir de nos différences ; aide-moi à accueillir la parcelle de Vérité que chacun autour de moi porte au fond de son cœur et qu’il exprime par sa vie, ses paroles et ses actes.

Représentez-vous le monde comme un cercle dont le centre est Dieu et dont les rayons sont les différents modes de vie des hommes. (…) Si tous ceux qui veulent se rapprocher de Dieu se déplacent vers le centre du cercle, (…) plus ils se rapprochent de Dieu, plus ils se rapprochent les uns des autres. Et plus ils se rapprochent entre eux, plus ils se rapprochent de Dieu.’
Dorothée de Gaza, saint et père de l’Église, VIème siècle

Publié le 27 janvier 2013 dans le bulletin hebdomadaire de Saint-Joseph d'Angers

mercredi 9 janvier 2013

Miel !


« Qu’elle est douce à mon palais ta promesse :
Le miel a moins de saveur dans ma bouche ! » (Ps 17)

Le miel ! Les textes de ce jour y font allusion à deux reprises et ce n’est pas une coïncidence car si nous sommes plus sensibles aujourd’hui aux symboles du pain et du vin, le miel - omniprésent dans l’Ancien et le Nouveau Testament - nous dit aussi quelque chose de Dieu.

« Un pays où ruissellent le lait et le miel » (Dt 6, 3) : de même que le lait auquel il est souvent associé, le miel est considéré par les Hébreux comme un aliment très particulier qui n’a pas besoin d’être préparé et qui est pur sans qu’il soit besoin de le purifier par quelque rite ; par sa gratuité et son onctuosité, le miel est d’abord symbole de la douceur du don de Dieu ; rappelons-nous à ce propos que le Livre de l’Exode nous dit de la manne : « C'était blanc et cela avait un goût de galette au miel. » (Ex 16, 31).

Par extension, la douceur du miel évoque aussi celle de la Sagesse ; dans l’Ecclésiaste celle-ci nous interpelle en ces termes : « Car mon souvenir est plus doux que le miel, mon héritage plus doux qu'un rayon de miel. » (Si 24, 20).

Douceur du don de Dieu, Sagesse... le miel évoque aussi la parole de Dieu, parole qui donne faim, parole qui descend en nous avec douceur et qui nous comble, parole qui nourrit : « Jean était vêtu d’une peau de chameau et mangeait des sauterelles et du miel sauvage. » (Mc 1, 6). Parole qui fait grandir : « Voici, la jeune femme est enceinte et elle va enfanter un fils et elle lui donnera le nom d’Emmanuel. Il mangera du lait caillé et du miel jusqu’à ce qu’il sache rejeter le mal et choisir le bien. » (Is 7, 14-15).

Et puis le miel, dont certaines civilisations antiques embaumaient les morts, c’est aussi dans la bible l’annonce de la douceur de la vie après la mort quand la vie d’ici-bas est comparée au fiel. Le jeune Samson tue un lion à mains nues : « A quelque temps de là (...) il fit un détour pour voir le cadavre du lion, et voici qu’il y avait dans la carcasse du lion un essaim d’abeilles et du miel. » (Jg 14, 8-9).

Tandis que les frimas de l’hiver gagnent et nous enveloppent, veillons à mettre beaucoup de miel dans tout ce que nous faisons !

Publié le 4 novembre 2012 dans le bulletin hebdomadaire de Saint-Joseph d'Angers