jeudi 18 octobre 2007

Appelés à un nouvel état d'esprit ?

A qui te demande, donne ; à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos. Mt 5-42

Voilà une exhortation a priori bien étonnante pour le monde de l’entreprise ! Donner, prêter : y aurait-il une place pour le service rendu gratuitement et pour le partage dans cet univers étroitement régi par les lois de l’échange, de la négociation, du profit ? A première vue, pas vraiment.
Pourtant, à y regarder de plus près, il me semble que cette exhortation porte en elle une clef précieuse pour l’entreprise !

Lecture cynique ?
Il y a quelques années, l’animateur d’un cycle de formation commerciale que je suivais affirmait à ses auditeurs qu’une des règles fondamentales du monde des affaires est de savoir rendre service gratuitement : ainsi nous invitait-il à aider nos clients sur des sujets non nécessairement liés à notre activité et à nos intérêts communs !

On peut avoir une vision cynique de ce conseil, et considérer qu’il s’agit de rendre un service dans l’espoir que celui-ci ne sera pas perdu, que l’ascenseur sera renvoyé le moment venu. A minima, un service gratuit serait donc un investissement qui aurait quelque chance de rapporter plus qu’il a coûté...

Est-ce là le sens de cette phrase ? Je ne le crois pas.

Lecture morale ?
On peut avoir une lecture morale de cette phrase, et comprendre qu’elle nous invite à prêter nos moyens de travail (compétences, équipements); cette idée de partage et d’aide peut ainsi s’appliquer au transfert d’expérience/d’expertise et au partage de notre temps, lorsque nous choisissons par exemple d'assister celui qui a des difficultés dans son poste, dans sa mission.


Pour beaucoup d’entre nous, ce n’est pas une attitude naturelle, surtout lorsque nous avons la pression des objectifs... et des ambitions ! Même si cela fait partie du B A BA du management, la tentation est grande de consacrer notre temps et nos efforts à ce sur quoi nous serons directement jugés, plutôt qu’à donner de notre temps et de notre énergie pour aider les autres.

Et pourtant nous en avons tous fait l’expérience un jour ou l’autre : le partage grandit ceux qui y participent; il est facteur d’efficacité et participe à directement au succès de l’entreprise :
· intégration des nouveaux embauchés, ou de ceux qui se voient confier une nouvelle mission ;
· bon fonctionnement des équipes ;
· efficacité plus grande dans l’élaboration d’un plan d’action ou d’une nouvelle amélioration

1+1=3
Plus subtilement, il peut s’agir aussi de partager des informations : une des tentations quotidiennes n'est-elle pas de conserver l’information pour asseoir son pouvoir ; et cependant un des leitmotivs du management n’est-il pas qu’une information qui n’est pas partagée est une information qui meurt ? Il en va de même avec le partage des idées : là encore, partager ses idées, c’est accepter que d’autres s’en saisissent pour les faire grandir, et risquer par là d’en perdre l’usufruit ; mais une idée que l’on partage n'est-elle pas une idée qui a davantage de chances de grandir et de porter beaucoup de fruits ?

Ainsi, appliquée aux informations et aux idées, cette notion de partage va très loin : elle nous permet de réaliser que certaines choses ont plus de valeur si on les partage que si on les conserve pour soi !


Au fond, ceci n'est-il pas vrai de toutes les richesses, de tous les moyens d’une entreprise : leur valeur pour l’entreprise est multipliée dès lors que ces moyens sont partagés. Et je crois qu’il en va de même de l’autorité, des responsabilités, du pouvoir : leur partage, en suscitant l' l’empowerment, autrement dit la participation active des membres de l’entreprise au succès de leur mission et de leur société, peut décupler l’efficacité de celle-ci en décuplant la motivation et en optimisant la prise de décision !

Demander !
Et puis dans cette phrase, il y a aussi un message pour l’autre, celui qui est dans le besoin ; message de simplicité et d’humilité : si tu as besoin, demande, si tu manques de quelque chose, emprunte. Et ce n’est pas forcément le plus simple : dans le monde élitiste et compétitif de l’entreprise, la tentation est grande de préférer vivre avec ses propres faiblesses, et par là d’espérer les masquer, plutôt que de demander et d’accepter l’aide gratuite de l’autre !

Service gratuit, partage : comment un tel modèle est-il positif pour l’entreprise ? Au-delà des considérations morales directement discernables, cette exhortation me semble surtout nous proposer une attitude clef pour le bon fonctionnement d’une entreprise ! Elle porte en elle un appel à un changement profond de notre attitude et de notre état d’esprit : c’est de l’interaction des membres de l’entreprise entre eux et avec leur environnement que naît la création de valeur (création de nouveau produits, mise en place des canaux de vente et de distribution adaptés, process logistiques de plus en plus performants…) ; l’adaptation au quotidien et l’efficacité collective requièrent un état d’esprit basé sur la transparence et la confiance, loin de tout égoïsme et de tout repli sur soi. Je crois que c'est à cet état d’esprit que nous invite cette phrase du Christ.

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