Quel est le sens de ces paroles pour moi, au cœur de ma vie professionnelle ?
Tel que je le vis depuis plus de 20 années - le plus souvent avec beaucoup de satisfaction et un sentiment de reconnaissance pour la vie qu'il me donne - le monde de l'entreprise est fondamentalement élitiste, concurrentiel. Pour survivre, une entreprise doit apprendre à devenir et à rester performante.
En apparence - et trop souvent, en réalité - cela aboutit au développement de l'individualisme, de la survalorisation des succès, que l'on rend visibles de multiples manières: salaires, voitures de fonction, taille et emplacement des bureaux, titres etc etc La tentation est grande alors de se laisser entraîner dans une course pour la reconnnaissance et pour la possession. Arrogance, jalousies, vanités, recherche des privilèges et défense des avantages acquis risquent de devenir autant de freins à l'esprit d'équipe, au plaisir de travailler ensemble, à la capacité de se remettre en cause. Et au bout du compte à la performance...
Et pourtant les paroles de cet évangile nous proposent un autre chemin:
Heureux les pauvres en esprit : rechercher une authentique forme de détachement, de dépouillement, au bout de laquelle se trouve la vraie liberté.
Heureux les doux : humilité, accepter ses faiblesses, ne pas chercher à dominer, influencer, commander, s’imposer. S’oppose à l’agressivité qui est au plus profond de notre nature, et qui est une bien faible réponse à nos peurs.
Heureux les affamés et assoiffés de justice : l’insatisfaction doit nous habiter ; nous ne devons pas être repus mais en recherche, prêts à prendre des risques. Ne pas être velléitaires. Recherche de la justice = recherche de l’atteinte d’un but ultime qui nous mobilise entièrement.
Heureux les miséricordieux : compassion, tolérance, pardon et aussi patience ; miséricorde vis à vis de ceux qui souffrent, qui ratent, et aussi miséricorde vis à vis de ceux qui s’opposent à nous. Rendre aux autres l’estime de leur propre personne. Aimer ceux qui nous aiment, et ceux qui ne nous aiment pas.
Heureux les artisans de paix : par-delà le quotidien du travail, parce que nous sommes hommes et femmes, nous avons une mission ; cette mission se réalise à travers des actes (artisans) et à travers notre attitude. c'est dans l'action - et par notre attitude dans l'action - que nous transformons le monde et ceux qui nous entourent.
Au nom du réalisme, on peut être tenté de considérer que
dans la vie économique et professionnelle, les règles sont différentes de celles de la vie familiale, sociale. Que du fait des enjeux et des contraintes, les paroles du Christ sont bien naïves et ne s'appliquent pas. Qu'il y aurait donc des règles de vie différentes selon les circonstances... Je ne le crois pas. Je crois au contraire que si nous avons la force de les mettre en oeuvre dans notre vie professionnelle, sans attendre forcément la réciprocité, ces paroles doivent faire de nos entreprises des lieux humains, animés par de véritables communautés de travail, et ainsi y créer les conditions idéales de la performance !
2 commentaires:
Merci pour ces commentaires; je crois aussi que comme chrétiens nous avons notre place dans l'entreprise, le Christ nous a bien dit qu'il nous envoyait comme des brebis au milieu des loups s'il nous envoie ce n'est pas pour fuir. De plus si on se dit que Dieu aime chacun de ces collègues parfois difficiles, cela donne un autre regard.
Bertrand
Un grand merci pour l'ensemble de ces commentaires.
A quand une hiomélie à l'ambon?
bravo Christian B.
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